Semaine cruciale pour Pôle emploi. Ses 46 000 salariés - issus pour les deux tiers de l'ex-ANPE et pour un tiers des anciennes Assedic - votent à partir d'aujourd'hui pour désigner leurs nouveaux représentants du personnel. Nul ne sait quelle sera l'issue du scrutin tant les sujets de fronde sont nombreux.
D'un « manque cruel de personnel » au stress généré par des « conditions de travail dégradées » et un « management par objectifs » rejeté, en passant par la négociation houleuse d'une nouvelle convention collective - enfin soumise à signa-ture - pour unifier les statuts et « des formations insuffisantes », les motifs de se plaindre et d'aller voter ne manquent pas. Tout cela alors que la crise a fait affluer dans les agences plus d'un demi-million de chômeurs supplémentaires en quelques mois.
« Le mal-être est important », dénonce Noël Daucé, du SNU-FSU- Pôle emploi. « On ne peut plus servir les demandeurs d'emploi correctement, abonde Rubens Bardaji de la CGT. Il nous faut des gens qualifiés pour répondre aux besoins des chômeurs, revenir sur la polyvalence souhaitée et arrêter de demander aux ex-ANPE de faire le travail des anciens des Assedic, et réciproquement. »
Son de cloche identique à l'Unsa- Pôle emploi, organisation qui avait pourtant soutenu le rapprochement entre l'ANPE et les Assedic. « La fusion se fait dans un contexte différent de celui où elle a été définie et on est très loin aujourd'hui des engagements ministériels d'un conseiller pour soixante demandeurs d'emploi, déplore Jean-Cyril Le Goff, l'un de ses représentants qui avance des ratios de 1 pour 100, au minimum. Aujourd'hui, tout explose et la direction n'entend pas la souffrance des agents ni ne voit les signaux d'urgence qui laissent craindre le pire. »
Il y a trois semaines, une grève unitaire - demandant « la suspension du déploiement des sites mixtes et de l'entretien unique réalisé à un rythme effréné » - a mobilisé entre un tiers et 40 % des agents. Réponse de la direction ? L'ouverture d'une négociation sur le stress et l'envoi d'un questionnaire jeudi dernier aux agents sur leurs conditions de travail. « Nous pourrons prendre les bonnes mesures pour répondre aux inquiétudes », avait indiqué Christian Charpy, le DG de Pôle emploi.
Seule certitude : ces premières élections au sein du service public de l'emploi unifié se déroulent sous les nouvelles règles de représentativité - une centrale doit atteindre 10 % des voix pour être représentative - et le futur échiquier syndical n'aura rien à voir avec le précédent.
Après la direction de France Télécom, c’est maintenant le gouvernement qui est obligé de réagir, tout aussi tardivement, à la vague de suicides parmi le personnel de France Télécom. Après le nouveau drame survenu vendredi, portant à 23 le nombre de suicides depuis début 2008 dans l’entreprise ex-publique, il descend dans l’arène. Le ministre du Travail, Xavier Darcos, qui se dit « très préoccupé » par la situation, doit rencontrer ce matin le PDG du groupe, Didier Lombard. Le dialogue devrait rester cordial, si l’on en croit les mesures déjà « exigées » par le ministre : il propose que son directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, assiste à la prochaine réunion du comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT) de l’entreprise. Il demande également à l’entreprise d’ouvrir des négociations sur le stress… alors que ces discussions étaient déjà au programme, et doivent démarrer vendredi…
« C’est une obligation, c’est un devoir pour l’entreprise et pour le gouvernement, qui est puissamment actionnaire, de se pencher sur cette question », a déclaré, hier, solennel, le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, pour qui « le ministre va voir avec le président de France Télécom les moyens d’apporter une aide morale, psychologique à l’ensemble du personnel, et s’il y a des mesures en termes d’organisation du travail qui peuvent y mettre un terme ». L’Élysée reprend la ligne de défense de la direction du groupe : « Le suicide est une affaire trop grave, trop personnelle, pour qu’on puisse réduire ce phénomène à un problème d’organisation d’entreprise », a déclaré Claude Guéant. L’intervention de la direction s’apparente, pour lui, à de la « solidarité », à un devoir moral de « venir au secours de ceux qui sont dans la difficulté, dans la détresse ». Une orientation qui fait bondir les syndicats. « La communication sur les problèmes personnels des salariés est scandaleuse, réagit Christine Pernot, déléguée syndicale centrale SUD à France Télécom. Ça fait douze ans qu’on nous renvoie sur la fragilité individuelle, c’est un alibi de la direction. » « Les salariés sont fragilisés par la stratégie de l’entreprise », appuie Christian Mathorel, de la CGT. De même, le secrétaire national de la CFDT, François Chérèque, a estimé, sur LCI, que « passer à l’acte sur son lieu de travail, c’est un appel sur un problème directement lié à ce lieu ». Dans ce cadre, la CGT, dans un communiqué de la confédération, considère que les « directions d’entreprise qui refusent d’écouter les organisations syndicales portent une lourde responsabilité dans ces terribles drames ».
Les syndicats attendent une intervention ferme de l’État : « Qu’il impose à France Télécom de réelles mesures pour enrayer cette spirale infernale, comme le gel des restructurations, et l’ouverture de véritables négociations sur l’organisation du travail », lance Christine Pernot, de SUD. « Que l’État contraigne l’entreprise à revoir sa stratégie sur l’organisation du travail, son contenu, ses finalités. On ne réglera pas le problème avec des mesures provisoires et curatives », explique Christian Mathorel, qui souligne la responsabilité de l’État, principal actionnaire de l’entreprise. « Rien de ce qui arrive n’était imprévisible. L’État a créé les conditions. Il devait soi-disant rester actionnaire à 100 %, il a vendu ses parts pour descendre à 26 %. Et chaque mois il valide la stratégie de l’entreprise au conseil d’administration. » La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a justement demandé la convocation « urgente » d’un CA. « Ce sera bien la première fois que les représentants de l’État et de la direction y évoqueront la situation des salariés », ironise le syndicaliste.
Fanny Doumayrou
Treize ans après le passage en société anonyme, douze ans après l’ouverture du capital, France Télécom en est aujourd’hui à défrayer la chronique pour les suicides touchant ses salariés. Hier encore, un technicien du centre d’intervention de Troyes a tenté de se suicider en se plantant un coup de couteau en pleine réunion d’équipe, alors que la suppression de son poste venait d’être confirmée. Un nouveau drame, alors que les six syndicats de l’opérateur téléphonique (CGT, FO, SUD, CFTC, CFDT et CGC) appellent aujourd’hui les personnels à une journée d’action (avec grève pour les trois premiers), sur le thème de la souffrance au travail, à l’occasion d’une réunion du Comité national pour l’hygiène, la santé et les conditions de travail (CNHSCT), auquel participera de façon exceptionnelle le DRH du groupe, Olivier Barberot.
Branle-bas de combat imposé par les événements de cet été : une série rapprochée
de suicides a porté à 21 le nombre de cas connus depuis début 2008, et surtout, l’une des victimes, à Marseille, a mis directement en cause l’entreprise, en expliquant dans une lettre s’être donné la mort « à cause de son travail à France Télécom ». Dans ce contexte, il devenait difficile pour la direction de ne pas - réagir. En réponse à une lettre commune des six syndicats sur la gravité de la situation, le DRH a accepté de les rencontrer le 25 août, et a annoncé une série de mesures. La direction s’engagerait ainsi à renforcer les équipes de médecins du travail (dont beaucoup ont démissionné, découragés), les services sociaux, l’encadrement de proximité, et à ouvrir des négociations sur une déclinaison dans le groupe de l’accord national interprofessionel sur le stress, signé en juillet 2008.
Le CNHSCT d’aujourd’hui devrait être l’occasion de préciser ces engagements. « On se félicite de ces annonces, mais on attend des propositions concrètes, notamment l’ouverture rapide de ces négociations », explique Philippe Meric, représentant SUD PTT au CNHSCT, qui, au-delà du calendrier, s’inquiète du contenu de la négociation.
Si les syndicats pointent, comme cause principale du mal-être des salariés, les restructurations permanentes qui leur sont imposées pour supprimer des emplois et pour les inciter à partir « volontairement », la direction risque, selon SUD, de « se contenter de mesures d’accompagnement de ses décisions », dans l’esprit des cellules d’écoute mises en place en 2007. Cellules qui, comble de l’absurde, ne sont pas confiées à des psychologues extérieurs, mais à des responsables hiérarchiques : le salarié en souffrance se retrouve ainsi face à son chef pour évoquer ses problèmes ! Même tonalité à la CGT : « La négociation doit toucher à l’organisation du travail. Il faut qu’on arrête les restructurations, réorganisations, suppressions d’emplois, et qu’on utilise la richesse créée par l’entreprise pour revoir le contenu du travail », estime Fabienne Viala, représentante CGT au CNSCHT.
Les syndicats dénoncent une « prise de conscience très tardive » de la direction. En juillet 2007, ils avaient lancé au CNHSCT un droit d’alerte sur les risques psychosociaux. « On aurait pu s’attendre à une réaction de la direction, mais non, rien n’avait été fait », déplore Fabienne Viala. De même, SUD rappelle qu’avant de lancer avec la CFE-CGC son Observatoire du stress et des mobilités, qui a contribué à médiatiser le malaise social régnant chez France Télécom, le syndicat avait proposé à la direction de créer cette instance en interne. Et avait essuyé un refus.
Fanny Doumayrou
LE MONDE ECONOMIE Le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez, avait lancé le 21 juillet un "plan de bataille" pour affronter la hausse des inscriptions à Pôle emploi attendue à l'automne, avec l'arrivée sur le marché du travail des jeunes diplômés, qui s'inscriront aux côtés des chômeurs en fin de mission d'intérim ou de CDD, aux victimes des plans sociaux mais aussi des titulaires du revenu de solidarité active (RSA), dirigés depuis juin vers le service public de l'emploi.
Le 28 août, M. Wauquiez avait réuni à Bercy tous les acteurs de la politique de l'emploi afin de s'assurer de leur mobilisation. Il faut, avait-il rappelé, "lister tous les grains de sable", c'est-à-dire les dysfonctionnements liés à la fusion. "Débâcle", "grand bazar", "cafouillage", les qualificatifs n'ont en effet pas manqué, en interne et dans les médias, pour décrire l'ambiance kafkaïenne qui règne dans certains sites.
Lors du conseil des ministres du 2 septembre, il a rappelé les moyens mis en oeuvre : le recrutement de 1 840 agents supplémentaires, l'organisation de la plate-forme téléphonique 3949, 500 embauches en CDD pour mettre en place des "plates-formes (téléphoniques) de débordement" et la sous-traitance de 320 000 dossiers de demandeurs d'emploi à des opérateurs privés de placement.
Pourtant l'opérateur de service public - 1 500 sites et 45 000 salariés - dirigé par Christian Charpy est toujours aux prises avec les difficultés, même si la situation est très variable selon les régions et les établissements.
Les problèmes dénoncés par les personnels de Pôle emploi concernent les effectifs, insuffisants au vu du volume des portefeuilles à traiter, mais aussi supérieurs au nombre de bureaux disponibles (23 postes pour 30 salariés en moyenne nationale, selon la CFDT) !
Ils critiquent aussi la désorganisation matérielle et managériale liée à la mise en place des 300 sites mixtes qui réunissent les personnels ex-ANPE et ex-Assedic, l'harmonisation des statuts et des salaires, qui peuvent varier de 30 % pour la même fonction de conseiller, l'absence de système informatique commun et les carences de formation des employés tenus d'être polyvalents. Les ex-Assedic, qui ne faisaient que de l'indemnisation, et les ex-ANPE, qui ne faisaient que du placement, ont reçu des formations de respectivement cinq et trois jours. Sans compter l'impact du clivage culturel entre les ex-ANPE et les ex-Assedic.
"Les employés, surchargés de travail, se plaignent de ne pas pouvoir assurer le service minimum aux demandeurs d'emploi, et les chômeurs se plaignent de ne pas être reçus", indique Annette Dubois, membre du bureau national du SNU-FSU Pôle emploi, première force syndicale de l'ANPE avant la fusion de janvier.
Si la moyenne nationale du nombre de demandeurs d'emploi à suivre est de 90 par conseiller, le volume des portefeuilles peut varier de 50 à 300 demandeurs d'emploi selon les sites, les conseillers et leur niveau de formation. "Avec un tel volume, on ne peut recevoir que par téléphone", commente Mme Dubois. "Surtout, on n'a pas le temps de préparer les dossiers en amont en termes d'accompagnement, c'est pourtant une des clés du retour à l'emploi", estime Diane Gastellu, secrétaire générale adjointe FO Personnels publics de Pôle emploi.
Les syndicats sont unanimes pour relativiser l'efficacité des nouveaux outils de la politique de l'emploi. "La plate-forme téléphonique mise en place pour
assurer l'accueil des demandeurs d'emploi et désengorger les sites fonctionne toujours très mal", affirme Philippe Berhault, secrétaire général adjoint CFDT Pôle emploi.
Il s'agit en fait d'une plate-forme virtuelle, assurée par des employés de Pôle emploi, que chaque site met à disposition au jour le jour. Sur le site mixte d'Issy-les-Moulineaux par exemple, "chaque jour, un agent est détaché pour répondre aux questions concernant le placement, et 4 à 6 autres pour les questions concernant l'indemnisation des demandeurs des Yvelines, des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise", indique la directrice Muriel Watson.
C'est à cet effet qu'ont été recrutés les 1 840 agents supplémentaires. "Mais ils ne représentent qu'une moyenne de 1,5 personne par site, et commencent seulement à entrer en fonctions", souligne Régis Dauxois, secrétaire général FO Pôle emploi.
Certes, les demandeurs d'emploi ne s'amassent plus dans les agences mais, après avoir composé le 3949 et clamé "Inscription, Emploi, Dossier, Info ou Tarifs", ils communiquent encore trop souvent avec le seul répondeur sans pouvoir atteindre un conseiller. Le gouvernement s'est fixé un objectif de 85 % de taux de réponses à la mi-septembre, mais c'est loin d'être le cas partout.
Au vu des retards accumulés dans le traitement des dossiers d'indemnisation, et pour atteindre son objectif de "zéro retard" à la rentrée, le gouvernement a
complété en août son recrutement avec 500 CDD de six mois pour organiser d'autres plates-formes téléphoniques, physiques cette fois, destinées à répondre aux questions de "premier niveau". Le
recrutement n'a pas dû être difficile, puisque 145 000 candidats s'étaient présentés pour la première vague de 1 840 postes. Les syndicats en réclamaient alors trois fois plus.
Au conseil d'administration de Pôle emploi, on se veut optimiste : "Le plus dur est derrière nous. Les 80 000 dossiers en attente d'indemnisation ont été réduits à 50 000", explique
Jean-Baptiste de Foucauld, membre du conseil d'administration de Pôle emploi et président-fondateur de Solidarités nouvelles face au chômage. La direction générale de Pôle emploi estime que les
"progrès enregistrés sont significatifs, notamment sur le fonctionnement de la plate-forme téléphonique où les derniers relevés indiquent en Ile-de-France un taux de réponses de 85 %".
Annie Thomas, secrétaire nationale CFDT et administratrice, est aussi optimiste, mais précise qu'en "mobilisant les équipes pour résorber les retards sur les dossiers des demandeurs
d'emploi, on a négligé la recherche d'offres nouvelles", devenue quasiment inexistante selon elle. En d'autres termes, on a déshabillé Pierre pour habiller Paul.
"Il y a encore des efforts de moyens à faire pour que Pôle emploi puisse remplir ses objectifs", estime M. de Foucauld. A vouloir régler les problèmes structurels, liés à la fusion, et conjoncturels, liés à la crise, Pôle emploi est confronté à un véritable défi.
SNU pôle-emploi FSU BRETAGNE
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